Dimanche 19 février je me jette de bonne heure dans le train, l’ordi reste à Marseille, j’embarque un téléphone moderne et un GPS avec des itinéraires préparés quelques heures avant, de quoi grignoter, réparer, recharger, dessiner, le sac de couchage d’hiver trop neuf, deux chemises, un pantalon, une paire de basket et pas mal de trucs en laine. Le tout ficelé sur le vélo, le Cyfac pour cette fois, prêt à tout type de routes même les non goudronnées. En avant pour deux semaines.

Sortie de la gare de Montpellier, on clipse les chaussures aux pédales, on fait un mini-tour downtown pour voir l’Opéra et puis direction Toulouse, deux jours de route plein ouest. Il y a presque quatre ans, avec Isabel, nous avions pris par le littoral avant de remonter tout le Canal du Midi. Pas fou. Cette fois je prends plus court et moins plat, moins redondant à coup sûr. Je sors de Montpel par une longue piste cyclable et puis me retrouve rapidement dans de belles collines à partir de Cournonterral, avant de retrouver des routes sans intérêt jusqu’à Clermont-l’Hérault et une pause café grignotage dans le PMU du cru. Dimanche midi donc. On me regarde en extra-terrestre, je me sens pas tout à fait le bienvenu à Pastis-Clope Land. Il y a cette fille un peu perdue au coin du bar, cerclée d’hommes rougeauds dont les rires exagérés remplissent le lieu. On se regarde, comme pour se dire mutuellement qu’on a rien à faire dans ce monde là. Je bois mon café assis par terre dehors, sous un rayon de soleil, devant la cathédrale. Puis trace rejoindre la vallée de l’Orb et la voie verte du Haut-Languedoc, encore une voie ferrée désaffectée. J’avance sans trop forcer mais ça fatigue quand même. Pas en forme olympique bibi. À Labastide-Rouairoux je prends un second café, allume le phare arrière et enfile bonnet et gants chauds, la nuit se pointe. Peu après j'arrive à Albine, 150 km au compteur. Emmanuelle et son voisin Azzedine m’accueillent ce soir, à l’étage de la Pacha Mama Ambassade, café associatif en période d’hibernation mais dont le nom ricoche fort avec nos lectures sur les sorcières et mon Ambassade du Turfu marseillaise. Après la douche, un bon petit repas m'est offert, qui fait glisser agréablement la soirée avec ces amis d’un jour.



Lundi matin, après la seconde mi-temps de la discussion du soir, je reprends la voie verte. Un peu avant Castres je bifurque vers Revel et m’envoie sur une piste longeant un joli canal, « la Rigole de la Plaine ». C'est aussi joli que plat, ça serpente entre les petites collines, par contre le chemin est rythmé par les racines, ça secoue, ça épuise à la longue et je finis par récupérer le bitume. Puis je récupère le Canal du Midi. Je regrette cet itinéraire, je m’ennuie sec par là, enfermé sur une longue plate chiante petite route bitumée avec à gauche le canal inerte et ses platanes moroses, en face un petit vent qui fait forcer et c’est jamais bon, à quelques mètres à droite l’autoroute qui inonde le paysage du bruit perpétuel des moteurs à 130. Cent trente c'est peu ou prou la distance couverte aujourd'hui. À mesure que Toulouse se rapproche, la piste est de plus en plus encombrée, je me tape la sortie du bureau et les cyclistes par ici sont nettement plus nombreux que chez moi. Me voilà dans la grosse ville qui grouille de fourmis. Je récupère les clés de Mélanie dans un café enfumé et c’est l'heure de défaire à nouveau mon paquetage. J’entends Camille rentrer, une fois sorti de la douche l’ami a disparu. Je me pause un peu, fais trois courses avant que Camille ne revienne et qu’on fête les retrouvailles autour de la tisane.



De mardi à jeudi je prends ma tunique de prof. Workshop au lycée des Arènes avec les BTS design graphique 2e année. C’est frappant, il n’y a presque que des filles. Je commence par une petite présentation de Formes Vives sur ce format que j’aime bien : une brève intro sur FV suivie d’une discussion avec les étudiant-e-s, à travers laquelle je vais chercher des exemples de travaux pour illustrer mes propos. Je me fais drôlement interrompre par Benoît « Bonnefrite » de passage pour un café.
Sujet du workshop (en bref) : choisir des textes sur le site Lundi Matin et leur donner une seconde vie, en créant des objets imprimés. Réfléchir une mise en forme de ces textes qui soit personnelle et spécifique à la manière dont on veut les partager. En matos nous avons une Riso, un photocopieur NB A3, plus ou moins un traceur. En trois jours, les étudiant-e-s ont réussi à s’approprier des textes pas évidents, me font la démonstration de leur enthousiasme, d’une capacité à produire bien et vite. Je distille des conseils de méthode, d’outils graphiques, de typographies, des astuces de logiciel, des avis esthétiques, des références, je file des coups de main, je tâche d’aider au mieux chaque groupe à progresser, à trouver du sens dans ce qu’il fait et une qualité dans sa réalisation. C’est pas de la tarte. Trois jours c’est speed mais ça n'a pas empêché à quelques jolies surprises de débarquer. Merci à toute cette classe. Merci à l’équipe de profs, Françoise et Denis en tête, qui m'ont fait un super accueil et étaient présents à mes côtés pendant les trois jours.



On reprend la route, salut Camille, salut Toulouse, enfin pas si vite, d'abord un coucou à François, puis à la gare, barrage pour une histoire de valise abandonnée. Ont raboulé poulets, pompiers, agents SNCF, et les voyageurs forcés de faire les spectateurs, tout un monde qui se tourne les pouces en attendant que les démineurs fassent le coup de pétard. Pendant que des voyageurs continuent de sortir de la gare comme si de rien était. L’ennui se mélange à l’absurde et à la frustration d'être retenus par deux flics antipathiques, pour rien et sans info sur la durée du sketch. Le pétard finit par péter, on poireaute encore un peu et on va maintenant attendre le train suivant. Jusqu'à Marmande. Puis retour en selle, direction Castillon-la-Bataille chez les amis, Tristan et Fanny! GUsto t’as connu? Maintenant ça s'appelle Bon Pour 1 Tour et un nouvel enfant est né. Elle s’appelle Irma!
Je pédale un peu le long du canal latéral à la Garonne puis repique plein nord pour retrouver sur ma route Sauveterre-de-Guyenne, je repense fort à l'été 2013, je prends un café au bistrot où nous nous étions arrêtés et tu plaisantais avec le patron. J'enfile des chaussettes plus chaudes et boucle ce petit après-midi de vélo en passant la Dordogne. Me voilà chez mes amis et leurs beaux enfants. Fanny a toujours de très longs cheveux et le rire généreux, Tristan a toujours son amour des Girondins de Bordeaux, il y a toujours l’AX rouge et mille trucs dans cette maison qui attrape les regards curieux, un décor d’antiquaire spécialité « fun & typo » assez en bazar pour ne pas ressembler à un musée.



Samedi c'est repos. Promenade le matin. Profiter du soleil. Promenade l’après-midi. Saluer la Dordogne. Les enfants jouent jusqu’à l’épuisement.



Dimanche, quatrième étape de vélo. Après le Miam aux fruits qui va bien, avec le gilet fluo et un ciel voilé, en selle vers Libourne en passant par Saint-Émilion et sa collection de châteaux à pinards. Vive la monoculture et le fric. À Libourne je choppe un train, changement à Périgueux, profiter de pas pédaler pour manger un bout, terminus Limoges. Une photo devant la grandiloquente gare puis c’est reparti pour mouliner, tout l’après-midi, jusqu’à La Villedieu où je suis attendu. J'ai dessiné un parcours de petites routes comme un premier repérage de tracé à faire à pied, en groupe, avec un char, sans doute des costumes, en septembre. C’est ça Feu Foin. Du Plateau de Millevaches à l’école d’art. La Horde du Contrevent et l’esprit carnaval dans les poches. Seulement 55 km parcourus jusqu'à Eymoutiers, mais les quelques bouts sur chemins de terre ajoutés à la ritournelle de petites montées-descentes, me donnent très envie de mon carburant caféine. Mais zéro café ouvert un dimanche aprèm à Eymoutiers et Serge n’est pas chez lui. Il y a bien un café avec un peu d’animation, un grassouillet assis sur la bar fait son show avec sa gratte, devant deux donzelles amusées. Un quatrième larron, un peu sur la touche, me dit que sur le bar c’est le patron et que le bar il est fermé. J’interromps quand même le roi de la chanson pour me remplir ma gourde d’eau. On repart, on la finit cette rando, me voilà dans un paysage nettement plus forestier, c’est le début du Plateau. Je me paye un détour pas très utile histoire d’ajouter un peu de dénivelé, par une route oubliée des bagnoles. Puis revoici la Vienne, puis Nedde, et la Villedieu. Petite fausse route offerte par le GPS qui m’a cru capable de monter un chemin forestier déglingué et boueux à 15%, mais le hameau de Haute-Besse n’était plus bien loin. 2000m de dénivelé positif sur 75 km, c’est pas mal.
Bonsoir Amélie et Kévin! Amélie « Pivoine » et Kévin « Fougère ». Leur accueil est amical au possible, on pourrait se connaître depuis plusieurs années, mais on ne se connait pas encore. On va partager une soirée près du poêle pour y remédier.



Avant de finir la route lundi matin, en empruntant une piste forestière et une dernière douce pente de goudron pour atteindre Tarnac et être au rendez-vous de midi au Goutailloux. Retrouver Nicolas, Geoffroy, Marion, les étudiant-e-s qui auront embarqué avec eux à Limoges. Laurie et Lauriane viendront plus tard, mercredi soir, avec d’autres étudiant-e-s. C'est parti pour une semaine de chantier Feu Foin truffée de rencontres et de beaux moments.