Je fais un rapide résumé pour ceux qui ne l'ont pas lu.

Les exécutions capitales, mise en jeu du pouvoir du souverain, avait comme inconvénient fort inopportun de faire du condamné une victime. Le peuple se prenait de pitié pour le malheureux. Et si le pouvoir va d'abord cacher ses supplices puis y mettre fin, ce n'est pas par sensiblerie. C'est qu'il se rend compte que le châtiment corporel n'est pas efficace. Plus précisément il ne le sert pas, il ne renforce pas le pouvoir.
En construisant des prisons avec des architectures qui permettent à un nombre très restreint de surveiller un grand nombre de détenus, permettant même l'illusion d'une surveillance permanente, le pouvoir ne suscite plus la peur, il instaure l'obéissance. Cela marche si bien, que c'est sur ce schéma que se construisent les usines, casernes, écoles. Mais le système est loin d'être uniquement architectural.
C'est la discipline le nerf de la guerre, c'est par elle (et elle s'entend par l'ensemble des techniques d'assujettissement) que la société industrielle va se développer et va mettre en place en même temps, d'un coté la démocratie et de l'autre la division du travail, la prolétarisation du travail. La discipline c'est le moyen de faire des individus, des êtres dociles et utiles, de bons ouvriers et de bons électeurs (ça c'est pas de Foucault).

Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison,
Gallimard, Paris, 1975

Rappelons que la prison ne s'est institué qu'au cours du XIXe, au moment même de la révolution industrielle.
La question à dix sous c'est, l'usine avant la prison ou la prison avant l'usine?