En début, nous avons demandé aux étudiants de travailler par groupe de deux ou trois — comme nous avons apprécié le faire dans nos précédentes expériences —, les invitant ainsi à réfléchir et avancer en collectif réduit, avec une certaine autonomie critique (vis-à-vis de Nicolas et moi-même) devant permettre de progresser seuls et vite.
Ces groupes n’auront pour la plupart pas tenu longtemps, chacun des étudiants ayant au final abouti une affiche individuellement ; essayant de forcer le moins de choses possibles dans ces temps de travail, si les étudiants font le choix de travailler seul, nous le respectons. Un binôme a cependant tenu de bout en bout tandis que deux autres «couples» ont travaillé autour du même texte.

L’exercice n’appelant la production que d’un seul exemplaire de la proposition, nous invitions les étudiants à travailler manuellement, directement sur leur format et, pourquoi pas, à travailler avec un peu de volume, d’épaisseur (choses qui ne seraient pas possible de produire en série). Il faut aussi savoir que l’accès à des imprimantes n’est toujours pas possible pour ces workshops, seuls des photocopieurs étaient en libre accès. Et Internet ne fonctionnait pas. Pour nous comme pour les étudiants ce n’était pas bien grave ; au contraire, ces derniers n’ont eu aucun mal à se décrocher de leurs écrans.



Il est à noter qu’étaient ici réunis des étudiants aux pratiques et aux niveaux très différents, et il n’a peut-être pas toujours était simple de trouver un positionnement correspondant à chacun — tandis que le sujet se prêtait aux égarements les plus stériles. Au final, les travaux sont partis dans un peu tous les sens! (Ce qui est toujours pour nous un plaisir à observer.)





Voici les affiches (les repros sont pas géniales, je m’en excuse) :

Héloïse Derly & Anna Lena Schrieb



Leur travail, très libéré de tout propos frontal au profit d’une grande jubilation à bricoler les formes dans tous les sens, les a amenées à ces deux compositions dissonantes (musique concrète?) ; des jeux graphiques avec les mots comme sons.



Martin Pasquier



«Littérature — ton rit et ton rut, ton râle et ta lutte», des mots extraits du Langage Tangage ou ce que les mots me disent de Michel Leiris, avec lesquels Martin a conçu un objet se dépliant, cahier devenant affiche, rejouant le plaisir que Leiris prend à décortiquer les mots.



Faustine Mary



Avec Gabriella, Faustine a travaillé à partir du Qu’en-lira-t-on — Les Droits imprescriptibles du lecteur de Daniel Pennac. La malice et la légèreté de ce texte glisse dans une affiche forêt, invitation à la cueillette, incarnation piquante et flottante du «droit de grappiller».



Gabriella Sperotto



Avec Gabriella, les droits de Pennac sont ici composés comme une citation du livre (pris en tant qu’objet) ; l’affiche est à feuilleter, chaque droit se dotant d’une forme graphique un peu littérale mais toujours habile, il s’agit ici aussi d’une chose à picorer (sachant que Gabriella y a également glissé ses propres droits et des extraits de livre).



Karl Raphaël



Amusé par une citation d’Amélie Nothomb («Le seul mauvais choix est l’absence de choix.»), Karl a glissé vers un énoncé à trou, appelant le lecteur à choisir par lui-même (en tournant une roue). L’énoncé de Nothomb s’en retrouve alors malmené, mué en jeu il devient imprévisible… La signature de l’affiche (en bas) fonctionne sur le même principe.



Yoann Hospitalier



En réfléchissant à l’ambiguïté qui peut parfois se nicher dans les textes les plus sentencieux, Yoann en est venu a écrire quelques articles d’une Déclaration sans nom ; déclaration absurde, certains articles posant problème, d’autres complètement lunaires… Chaque article reçoit un dessin de lettre assorti à son étrange candeur.



Adeline Cuny



De rebond en rebond, nous avons confié à Adeline et Thibault un texte de Daniel Paris-Clavel écrit pendant les émeutes de banlieue… À l’origine intéressée aux calembours, Adeline a finalement renchéri sur la puissance du texte, à travers une composition violente, mettant à mal la lecture, mal à l’aise le lecteur.



Thibault Dang Van Sung



Du texte bouillonnant, Thibault est resté «bloqué» sur l’apostrophe entamant nombre de discours de politiciens («Français, Françaises») et, se focalisant sur le vide de sens de ces mots, les a repris comme entête pour un formulaire des plus moribonds.



En conclusion, répétons que nous nous sommes beaucoup amusés à Chaumont (!)… le déroulement des workshops durant le festival y étant pour beaucoup, l’ambiance studieuse des journées s’étant très bien prolongée vers des découvertes enrichissantes (via les expositions ou les conférences chaque soir) et des soirées festives, tout ça ayant permis de créer une ambiance festivalière et une réelle complicité entre toutes les personnes présentes lors de la semaine. Un grand merci à l’équipe du Festival pour cette invitation et un grand chapeau tiré à Anne Legrain pour l’organisation (inévitablement sportive) de ces workshops.