Ceux qui me voient venir.

Moi aussi, je les vois venir.

Un jour le froid parlera,

Le froid repoussant la porte montrera le
Néant.

Et alors, mes gaillards?
Et alors?

Petits déculottés qui plastronnez encore.

Gonflés de la voix des autres et des poumons de l'époque,

Tout le troupeau, je le vois dans un seul fourreau.

Vous travaillez?
Le palmier aussi agite ses bras.

Et vous guerriers, soldats au bon cœur, vendus

bénévoles.
Votre belle cause est mesquine.
Elle aura froid

dans les couloirs de l'histoire.
Comme elle a froid!

Je vous vois en tablier, moi, est-ce curieux!
Je vois le
Christ aussi —
Pourquoi pas? —
Comme il était il y a près de 1940 ans.
Sa beauté déjà disparaissant,
Le visage rongé des baisers des futurs chrétiens.

Alors, ça marche toujours la vente des timbres

pour l'au-delà?
Allons, au revoir tous, je n'ai encore qu'un pied

dans l'ascenseur.
Adios!

Henri Michaux, poème Comme je vous vois, recueil La nuit remue, 1935.