Au démarrage de ce travail (il faut préciser non rémunéré), nous avions posé deux stratégies possibles :
A – Concevoir une maquette, la mettre en place sur le premier numéro puis, plus ou moins rapidement, se retirer du projet en laissant l’équipe de rédacteurs aux prises avec le travail de mise en page (un peu comme ce que nous avons fait avec le Mur Mur des Larris) ; il en va de soi qu’ainsi le journal aurait pris une forme quelque peu bancale (ce qui n’est pas non plus un grand «problème» pour une pratique «non-professionnelle» et militante).
B – Concevoir, mettre en page et mener la direction artistique de tous les numéros. Une voie sans doute un peu folle de par le temps engagé mais, pour nous, l’occasion d’expérimenter des idées originales et exigeantes sur la durée.



Vous l’aurez deviné, nous avons choisi la seconde voie. Et parmi ces «idées» que nous avons mises dans la marmite d’Article11 et qui, ensemble, dessinent l’identité de ce nouveau journal, citons :

• un format particulièrement allongé (44 x 24 cm),

• une impression (rotative offset) en bichromie, remplaçant l’ordinaire noir par le pantone reflex blue et une 2e couleur changeant à chaque numéro (couleurs avec lesquelles on pourra jouer les superpositions),

• une direction artistique ambitieuse qui donne à chaque contribution image la valeur d’un travail d’auteur à part entière, qui ne sont ainsi jamais des faire-valoir, des illustrations du texte (ainsi nous avons banni les dessins décoratifs et les dessins de presse ; la singularité de chaque article étant soulignée par ses qualités typographiques…) et ne traitent pas nécessairement de sujets politiques,

• une mise en page différente pour chaque article (c’est-à-dire une composition des titres, des blocs textes et des légendes ainsi qu’un choix typo systématiquement différents). Ce dernier point est sans doute le plus subversif et le plus «risqué», les interprétations typographiques des articles ayant été très ouvertes (basées sur les sujets et/ou sur les styles d’écriture et/ou sur des opinions critiques) et parfois difficiles à réunir au sein de mêmes doubles-pages pour amener harmonie et rythmes chaloupés.
Cette folie est en fait à nos yeux le simple prolongement de ce qui fait l’esprit d’Article11 ; une pratique littéraire du journalisme, avec des textes souvent longs et très travaillés, abordant des sujets variés et jamais confinés à «l’actualité». Par ce choix graphique nous souhaitons accentuer l’identité de chaque article (encourageant ainsi les auteurs à appuyer leurs mots), sans jamais sacrifier la lisibilité et une certaine élégance, tout en donnant au journal une forme hétéroclite et généreuse, pour que feuilleter ce journal soit particulièrement «sucré», ne sachant jamais ce que la page d’après va vous réserver. Ce résultat peut aussi être pris comme une métaphore graphique de l’utopie anarchiste.
Par là nous nous nous ouvrons également un espace important de création, un espace qui restera ouvert de numéro en numéro – faisant de ce projet une aventure et jamais une corvée.



À côté de ces «originalités» très euphoriques, nous avons également posé des règles pour que le journal trouve un équilibre et que notre travail graphique à six mains soit cadré. Nous avons ainsi dessiné une grille dans laquelle s’insèrent tous les articles, utiliser la 2e couleur uniquement par touches (appels de note, notes, titres, filets), utiliser une même épaisseur pour les filets, une même forme de pagination et encore quelques autres détails. Évidemment, la couleur bleue et le physique de l’objet (24 pages de papier journal 60g, format étroit) font beaucoup pour la cohérence d’ensemble.



Le journal sera bimestruel, il est donc disponible dans une bonne partie des kiosques de France pour 2€50 mais également dans quelques librairies (distribution maison pour le moment) et, bien sûr, les abonnements sont possibles (6 numéros pour 13€). Toutes les infos ici.

N’hésitez pas à nous laisser vos commentaires une fois que vous aurez pu vous procurer, lire et scruter un des 15.000 exemplaires!