Pour choisir leur sujet de lutte, les étudiants doivent (individuellement et en amont du sujet) choisir une doléance sur le site du Tambour et en écrire une personnelle. Puis, arrivés au lancement du workshop, nous demandons à chaque étudiant de répondre (en une minute) à ces cinq questions ; Que changeriez-vous dans le monde? en Europe? dans votre pays? dans votre ville? dans votre quartier?
Ces différents textes et propositions forment une récolte, mise en commun dans les groupes et avec laquelle ils déterminent une cause commune — la cause du groupe.

Les groupes déterminent ensuite le nom de leur organisation et un certain nombre de points caractéristiques (que propose l’organisation? où est-elle située? quel est son état d’esprit?…).

Puis ils partent dans une étape de croquis ; recherches d’emblèmes, de signatures-logos, sur des petits formats A6 qui préfigurent leur futur drapeau. Le format A6 donne un cadre fixe et commun pour les différentes recherches, qui permet de produire rapidement puis d’aligner, comparer aisément les croquis.



En guise de cahier des charges, chaque organisation doit créer et réaliser son propre drapeau, ainsi qu’un tract de présentation et une carte de membre.

Pour le drapeau, rectangle de tissus blancs (150x100cm) et tasseau de bois sont les mêmes pour tous. La peinture acrylique étant la technique proposant le meilleur rendu (coloré et manuel).
Le drapeau, contrairement à l’affiche, n’a pas forcément de message clair à communiquer ; ce n’est pas un support à lire, c’est d’abord un support pour affirmer son existence, sa présence, pour avoir une belle allure et véhiculer un esprit. Rarement tendu, sa composition doit prendre en compte cette imperfection et éviter d’aller trop dans le détail.



Pour les tracts, 50 exemplaires doivent être fabriqués. Les tracts explicitent l’objet de l’organisation, son fonctionnement, ses actions… Ils s’adressent individuellement aux personnes (≠drapeau), doivent être fabriqués en quantité (impression laser n&b, papier machine) mais permettent toutefois une intervention manuelle (pliage, rajout coloré…).
La carte de membre est un support «privé», que l’on garde avec soi, que l’on sort avec plaisir de temps en temps, qui nous identifie comme partie prenante d’une organisation. 20 exemplaires doivent être fabriqués.

Et voici les productions :



Trinquons Ensemble — Valentin Delawarde, Nicolas Carion et Killian Moison
Cette association a été créé en réponse à l’annonce du gouvernement d’augmenter la TVA sur la bière ; Trinquons Ensemble milite pour un impôt égalitaire sur les consommations alcoolisées, que les «alcools de luxe» (privilèges de riches) soit soumis à la même taxe.
Un petit signe dansant, une composition forte — et équilibrée —, des couleurs vives, un nom bien choisi. Sur un sujet qui peut paraître un peu au ras des paquerettes mais qui n’est pas dénué d’intérêt social!



L’assiette de Noé — Linan Ye et Adrien Pelletier
Cette organisation encourage le maintien et le développement des cuisines traditionnelles et issues de cultures différentes, en réaction au développement continu de la junk food.
L’emblème dessiné pour ce drapeau — consacrant la cuisine française — pourrait être rejoint par un emblème de la cuisine chinoise, un autre de la cuisine indienne, etc. L’idée étant de valoriser ces cuisines, peut-être par des cours… Le dessin classique est bien maitrisé, avec des couleurs assez crues qui donnent un caractère un peu «sportif» au drapeau, du moins qui le distingue d’une simple et ennuyeuse image d’Épinal.



TBT (Trip Box Teleportation) — Émilie Degrace et Séverine Sylvan
Le train coûte trop cher! La voiture et l’autoroute coûtent trop cher! Les transports coûtent trop chers, tout le monde ne peut pas aller où il veut et c’est ennuyeux.
Les filles proposent une solution radicale : la démocratisation de la téléportation, gratuite et pour tous. Solution originale s’il en est, pour laquelle elles ont conçu un signe «doux», envisageant ce (futur?) miracle de physique quantique comme une réalité à anticiper joyeusement. Un drapeau finement dessiné et très attirant.



Les Petites choses — Nadia Kheffache, Zi Yang et Xiaobin Xin
Devant l’amer constat que nous avons trop peu de temps «libre» pour nous consacrer à des activités de loisirs, leur association propose au sein de l’établissement scolaire une palanquée d’activités, sur deux créneaux dégagés de travail (13-14h et 18-19h).
Leur signe est simple et sincère.



Les Pommes Vertes — Audrey Bulion et Alexandra Legrand
Militant pour des pratiques écologiques urbaines, les filles proposent de s’intéresser au développement du compost en ville.
Avec comme slogan «Pourrir ou mourir», leur joli drapeau se compose de fruits et légumes hybrides et à la fois appétissants, des espèces nouvelles comme image de cette pratique à première vue un peu saugrenue en milieu urbain.



Cathéméral — Tiphaine Lanniaux, Lucile Quiri et Antoine Demacon
Si à Cambrai la ville est déserte à peine passé 22h (sinon plus tôt d’ailleurs), que seuls quelques bars et discothèque miteux restent ouverts, Cathéméral s’apprête à rentrer en action. Ce groupe clandestin à l’origine inconnue, ouvre régulièrement des lieux publics le temps d’une nuit, ponctuations heureuses et noctambules au train-train boulot le jour / dodo la nuit.
Leur carte de membre est un masque noir marqué d’un petit nez de chat (à sortir pendant les nuits). Leur drapeau, sombre et attirant à la fois, trône au-dessus des lieux ouverts le temps de leurs intrépides actions.



Sheep Load — Victor Maenhout, Maria B. Cornut et Alexandre Santos
La création d’Hadopi ou la fermeture de Megaupload semblent être les meilleurs idées qu’ont trouvé nos gouvernements devant le développement du téléchargement libre. Sheep Load, à l’inverse de l’interdiction, se propose de devenir une organisation internationale de téléchargement en peer to peer, gratuite et légale, fonctionnement grâce aux dons et sans limite d’utilisation.
Leur drapeau étrange combine l’idée de l’échange anarchiste et vivant avec celle du réseau électronique et robuste, signe de ralliement d’une culture underground et inventive.



Les Affamés — Aurélie Bernard, Benoît Vandomme et Florent Macrez
L'ESA de Cambrai n’a pas de cantine et autour aucun restaurant universitaire. Pour les étudiants cela signifie manger mal et cher. Les Affamés s’organisent pour réclamer la création d’un restaurant étudiant — où étudient toute autre alternative sérieuse — et menace de cannibalisme les responsables inactifs!
Leur drapeau, en contraste avec leur nom agressif, veut donner de l’appétit ; nappe à carreau agitée, assiette à cloche, couleurs bonne franquette et un petit signe de pirates en guise de signature.



APT (Accessible pour tous) — Guillaume Cassigneul, Olivier Michel et Kévin Ngangue
Olivier est en fauteuil, et rend palpable pour ses camarades la difficulté de vivre avec cet handicap dans notre environnement trop mal adapté — et ce malgré les engagements pris en 2005 par l’État français (non tenus).
APT dénonce la non acessibilité des lieux ouverts au public à travers un signe froid et dur, pointant la violence de l’architecture urbaine.



Les Chaussettes Retournées (bureau des étudiants de l’ESA Cambrai) — Adrien Tison, Maxime Richard et Carine Bail
L’école n’a plus de BDE, les Chaussettes retournées proposent d’en remonter un. À l’arrache et guilleret, l’association se veut à l’image des étudiants motivés mais ne se prenant pas non plus trop au sérieux.
Leur drapeau cradingue et animé a été composé dans l’esthétique BD avec laquelle les trois membres fondateurs sont les plus à l’aise.



Bourse Sport — Céline Dubois, Maria Vilenius et Camille Bruyant
Parce que tous les sports ne sont pas accessibles à toutes les bourses — pourquoi réserver l’équitation aux riches? —, Bourse Sport est une association/programme qui vise à aider ceux qui le souhaitent à pratiquer le sport qu’ils désirent.
Leur drapeau, entre pancarte MJC et simplicité à la Quarez, se veut premier degré, bon enfant et rigolote.



Éveil Critique — Samantha Leflon, Camille Marin et Fanny Dupriez
Pour avoir eu des expériences d’animation avec des enfants, la volonté de ces trois filles est d’affronter l’environnement pédagogique «normal», notamment en ce qui concerne les images. Pour y répondre, elles participeraient à développer une pratique d’éducation alternative avec l’ambition de développer l’esprit critique le plus tôt possible.
Leur drapeau est à la fois simple dans sa composition et à la fois ambivalent ; le personnage a-t-il l’esprit léger — éveillé — comme un nuage ou a-t-il plutôt la tête prise dans un épais brouillard?



Entre-deux — Marine Laroche, Émilie Clausse, Esther Roussel
Comme Les Petites Choses, Entre-deux travaille sur la nécessité de se détacher du rythme frénétique du travail, du quotidien, et de tirer les citadins vers des temps de pause, des errances, du rêve… 
Leur tract reprend ainsi un plan de Cambrai et propose une liste de lieux propices à l’évasion, au changement d’air.
Comme étendard elles ont repris en clin d’œil la «signalétique cosmique en milieu urbain» de Gérard Paris-Clavel, indiquant un ciel vers le sol avec évanescence, pour mieux intriguer et se détacher des images communément croisées dans notre quotidien.



Les Têtes Creuses — Thibaut Hardy, Shannon Honniball et Stéphanie Dorré
Partant du constat que les collègiens et les lycéens n’ont pas accès à une éducation populaire leur permettant de se forger une conscience critique sur le monde qui les entoure, Les Têtes Creuses ont la vocation de combler ce manque.
Leur drapeau montre un cerveau composé d’une ribambelle de visages — puisque c’est au contact des uns et des autres que l’on apprend —, signe en même temps flottant car ces têtes sans dessus-dessous semblent amorphes. Une typographie volontaire vient frapper ce dessin.





Certains groupes ont mis du temps à trouver et à affiner la cause à affirmer ensemble, à délaisser des idées trop vagues, à éclaircir une volonté générale vers une organisation aux contours bien limités, ou à abandonner un message d’opposition au profit de l’énonciation d’un désir politique ou social.
Mais beaucoup nous ont étonné (avec plaisir) dans leur choix! À travers les thématiques traitées, c’est aussi un peu de leur culture qui en ressort ; nul doute que le même sujet traité dans un ailleurs géographique n’aurait pas amener les mêmes sujets sur la table.
À noter que certains groupes ont semble-t-il été perturbés par nos propres petites divergences de point de vue ; comme nous rencontrons les groupes individuellement, à tour de rôle, et fréquemment, que nous ne parlons pas d’une seule et même voix, cela peut donner le sentiment d’être baladé. Nous contraignons les étudiants à garder un point de vue autonome et personnel sur ce qu’ils font, quitte à nous contredire.




Nous retournerons sans doute à Cambrai en décembre pour participer à la finalisation de cet atelier — avec vraisemblablement une petite exposition dans un lieu de la ville.

Merci à Gilles, Kristelle, Bruno, Sacha et à tous les étudiants pour leur accueil!